Le cofondateur de Mediapart inaugure la 31e édition du festival, par une conférence autour des grands enjeux géopolitiques contemporains :
"En 1908, Jack London imagine l’avènement d’un long règne oligarchique, après l’écrasement de plusieurs insurrections populaires. Ce roman, Le talon de fer, fut ensuite lu comme une anticipation du fascisme. Nous voici de nouveau au bord de cet abîme. Mais il ne suffit pas d’en avoir conscience, il faut aussi imaginer une résistance qui ait l’intelligence de sa révolte. Autrement dit qui remonte aux causes mêmes du désastre.
En 1933, année de l’arrivée d’Hitler au pouvoir, André Suarès dans ses Vues sur Napoléon décrit l’empereur comme « l’homme de la catastrophe de la puissance ». Faisant écho à ce qu’aujourd’hui, nous enseigne MeToo, il filait la comparaison avec Don Juan, évoquant ce « monstre de la puissance » aux conquêtes insatiables. Quelques années plus tard, on en retrouve l’écho dans les Réflexions sur l’origine de l’hitlérisme de Simone Weil qui, en 1940, souligne combien l’alliage de militarisme et de virilisme que déploient les fascismes « est venu de chez nous ».
De la « grande Amérique » de Trump à la « grande Russie » de Poutine, sans oublier le « grand Israël » de Nétanyahou, une même obsession dominatrice nourrit des destructions infinies et des prédations illimitées. On ne réussira à les défaire qu’en rompant avec ce qui les a produites : le désir de puissance."